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Mode /
Portrait  

Tom Ford superstar

Il a “starisé” la fonction de directeur artistique, notamment chez Gucci. Tom Ford a signé des lunettes de soleil en 2005, introduit le vintage dans sa première gamme de lunettes de vue, avant de lancer une ligne de vêtements pour hommes et d’ouvrir une boutique à New York en avril 2007. L’occasion de faire le point.

Il existe déjà de nombreuses lunettes griffées sur le marché. Qu'est-ce qui vous a décidé à créer votre propre collection ?
Tom Ford : Avant toute chose, ma passion pour les lunettes. Je possède des centaines de paires et j'en porte quasiment tout le temps. Quand j'étais directeur artistique de Gucci et de Saint Laurent, je m'intéressais déjà de près aux accessoires. Les lunettes sont un objet expressif et puissant. Vous pouvez vous habiller de manière très simple et, par magie, être transformé : avec des modèles oversize, vous devenez Jackie Onassis, avec des formes plus strictes, vous ressemblez à JFK. Les lunettes sont un élément déterminant de la personne, qui en disent long sur la mode et l'air du temps. Par ailleurs, le travail de design me manquait et lancer ma marque à travers cette expression stylistique personnelle que sont les solaires m'a permis de revenir à la création, sans pour autant replonger d'emblée dans tout l'univers de la couture (les collections, les défilés, etc.). Pour être honnête, au moment où j'ai décidé de travailler sur cette collection, je ne savais pas encore quel degré d'implication je souhaitais avoir de nouveau dans la sphère de la mode.

La collection solaire marie savoir-faire, design et glamour. Quelles ont été vos inspirations majeures ?
T.F. : Elles sont multiples. Je qualifierai ces modèles de classiques, non pas au sens stylistique du terme, car ils sont très mode, mais parce qu'ils sont conçus et réalisés dans un esprit artisanal, avec un véritable savoir-faire, un choix soigné des matériaux et une attention donnée aux détails, discrets et sobres. J'ai un goût prononcé pour les coloris façon corne, havane, etc. Si vous regardez le logo, vous constatez qu'il s'agit d'un simple T stylisé, discret, qui anime la monture. Cette inspiration architecturale est présente dans tous les modèles. Enfin, j'ai puisé dans les designs sportifs (automobile, etc.), avec des lignes galbées et beaucoup de déclinaisons de la forme Aviateur. C'est un design de prédilection pour moi, même si je sais qu'il est tendance depuis quelques saisons. L'important n'est pas là, mais plutôt dans la façon dont cette forme embellit tous les visages.

Comment s'est passé le travail d'élaboration de la collection et sa fabrication ?
T.F. : Je me suis d'abord immergé dans ce qui se faisait en optique. Puis je me suis demandé : qu'est-ce que je ne veux plus voir ? De quoi ai-je envie ? Qu'est-ce que je veux faire ? Est venu alors le premier choix des formes, des matériaux, des coloris, une première ébauche de ce qui allait devenir la collection. Mon implication a toujours été maximale. J'ai travaillé sur les matières, sur les verres également, et même sur les étuis. Si l'on appose son nom sur un produit, il faut impérativement être présent à tous les stades de sa création. Cette symbiose dans le travail avec le fabricant italien Marcolin explique probablement la rapidité avec laquelle la collection est sortie. La licence a été signée en avril 2005, la production a commencé en juin et tout était prêt pour septembre. Quant aux tendances en lunettes de vue, je les trouve souvent ennuyeuses. J'essaie, dans la mesure du possible, d'introduire le même esprit que celui qui préside à la collection solaire : grands volumes, esprit vintage et attention aux détails.

Vous avez également lancé une ligne de vêtements pour hommes. A quoi ressemble-t-elle ?
T.F. : On y retrouve beaucoup de moi, assurément. Plus sérieusement, je cherche la synthèse entre le style fashion italien et l'esprit tailleur de Savile Row : quelque chose qui pourrait être l'équivalent pour hommes de Chanel et qui n'existe pas encore. Pour les hommes, le choix se réduit au sur mesure des tailleurs, d'une part, et aux boutiques de griffe, d'autre part. Si l'on prend la mode masculine, elle est dominée stylistiquement par Armani et Ralph Lauren : Armani est un peu trop trendy à mon goût, Ralph Lauren un peu trop conservateur. Le vocabulaire de ma griffe est sensuel, certes, mais moins fashion que lorsque j'étais chez Gucci et un peu plus classique. La question que je me pose toujours, c'est ce que porterait Cary Grant s'il était en vie. C'est aussi la raison pour laquelle j'ai donné une tonalité masculine à ma première collection de solaires. Sur la seconde, j'ai plus mis l'accent sur des modèles ultraféminins, mais j'aime assez le chic et l'élégance que donne une monture pour hommes portée par une femme.

Créer votre propre marque est une nouvelle expérience pour vous. Est-ce vraiment différent de ce que vous avez fait chez Gucci ou Saint Laurent ?
T.F. : Oui et non. Il y a l'émotion toute nouvelle de voir des créations à mon nom. Mais le rythme, l'environnement, la façon de travailler sont les mêmes. Ce qui est nouveau également, ce sont les projets que je développe en marge de la mode, dont le cinéma. Encore une raison qui explique mon retour à l'univers de la mode à travers la lunette, le parfum et la couture pour hommes. Par passion, mais aussi parce que la couture féminine exige trop d'énergie et de temps.

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