Marques : Actus | Les marques : A - B - C - D - E - F - G - H - I - J - K - L - M - N - O - P - Q - R - S - T - U - V - W - X - Y - Z - 0 à 9
Actus - 11/06/2012 à 10:51
Pour comprendre, l'état d'esprit de certaines marques de lunettes, il faut parfois découvrir la personnalité de leur créateur. Aujourd'hui, on vous propose de rencontrer Shane Baum, le créateur de la collection de lunettes haut de gamme, Leisure Society.
Racontez-nous un peu votre parcours comme créateur de lunettes.
Shane Baum : Je suis originaire d’une petite ville des Etats-Unis, perdue au milieu des champs de coton et des tracteurs. Dès que j’ai pu, je suis parti en Californie : j’ai découvert la mer, la plage, le surf. J’ai ensuite rencontré un jeune designer, Massimo Giannulli et me suis retrouvé embauché dans un magasin. Très vite, les choses se sont enchaînées et me voilà, à 26 ans, vice-président d’une division lunetterie qui réalise trois millions de chiffre d’affaires. L’introduction en bourse à New York, à l’été 1996, accélère les plans de croissance : en cinq ans, nous étions passés de 10 salariés à plus d’une centaine. Mais j’ai aussi fait l’expérience de la perte avec cette activité : l’action a chuté en une journée de moitié. J’ai travaillé à la direction de Optical Shop of Aspen avec Bill Barton, jusqu’au jour où j’ai décidé qu’il était temps de voler de mes propres ailes.
Vous êtes lié, dans l’esprit de beaucoup, à la culture américaine, en dépit de votre vie de globe-trotter. Quels sont les endroits qui vous inspirent le plus ?
Palm Springs, en Californie, incarne un moment important dans l’histoire du design américain. L’architecture, les produits, les accessoires de la fin des années 50 et du début des années 60 sont toujours très présents dans cet endroit entouré du désert. A mon humble avis, cette période est absolument décisive pour ce qui est du design. A cette époque, les gens avaient traversé de nombreuses épreuves (deux guerres mondiales, une dépression économique) et n’imaginaient pas dépenser de l’argent pour quelque chose d’éphémère. Les choses devaient durer. Si vous ajoutez à cela la conquête de l’espace, vous avez une génération de designers qui imaginent le "monde de demain" avec comme besoin impérieux, la qualité absolue. C’est exactement notre état d’esprit actuel, nous ne souhaitons pas recréer le passé. J’aime aussi l’Indonésie (l’architecture minimaliste y rencontre la nature), la France (tout le savoir-faire du Vieux monde) et la Riviera française (élégance et passion sous le soleil).
Qu’avez-vous voulu créer avec votre collection Leisure Society que vous n’aviez pas fait pour Vuitton ou Paul Frank par exemple ?
Leisure Society, c’est le couronnement de ma carrière de designer, mes “joyaux de la couronne”. Appelez cela de l’égo, une mauvaise décision, une inspiration, comme vous voulez : je considère que rien n’est trop cher pour cette collection. Si l’on prend nos verres par exemple, ils coûtent déjà plus cher que 90 % des lunettes du marché. Nous ne faisons pas cela pour être dans l’ostentation, mais nous suivons plutôt les principes dont nous sommes les héritiers : si quelqu’un doit garder un objet pour toujours, il faut qu’il soit véritablement de bonne qualité, qu’il conserve sa valeur sur le long terme. Or, la plupart des fabricants de lunettes ont opté pour une production de masse, des produits de qualité médiocre, se contentant d’apposer sur eux le nom d’un designer. Ensuite, on vend cela comme de la mode. Autrefois, ce n’était pas pareil : regardez les lunettes du passé, les Christian Dior, Alpina, Linda Farrow ou Cazal, elles étaient magnifiques. Les produits d’une telle valeur résistent à l’épreuve du temps et un petit nombre croissant de sociétés lunetières indépendantes suivent aujourd’hui ce même “mantra”.
Quelles sont vos sources d’inspiration ?
Les produits eux-mêmes : voitures, meubles, joaillerie, vêtements de mode. Cela dit, la plupart des pistes suivies par la mode n’apporte pas grand-chose à l’industrie. Soit ce sont des produits qui ne peuvent jamais s’intégrer dans une culture plus populaire, soit ce ne sont que des produits “me too”, qui surfent sur des standards sans jamais indiquer de vraies directions. En lunetterie, nous vivons une période intéressante. Tout le monde s’interroge sur la fin de la tendance vintage. Mais si l’on considère que ce terme “vintage” renvoie autant aux petites rondes de John Lennon qu’aux montures asymétriques de Cazal des années 80, on peut en conclure qu’il ne signifie rien et ne désigne qu’un design qui puise ses références dans des formes explorées par le passé. Et puisque les lunettes ne sont que deux “formes” qui vous protègent du soleil ou vous aident à voir, j’en conclus que le vintage a de beaux jours devant lui, même si c’est dans une version modernisée.
Quel est le modèle qui vous ressemble le plus dans la collection Leisure Society ?
Le modèle Oxford. C’est une forme classique mais avec un pont qui n’a rien de traditionnel, et dont tous les détails nécessitent trois semaines de travail. En tout, ce modèle a exigé six semaines de dessin et deux ans pour mettre au point une technologie spécifique. Comme nous pouvons n’en produire que quatre par jour, la liste d’attente est plutôt longue !
Terminons par un portrait chinois. Si vous étiez ...
Un roman ? Le Docteur Jivago
Un designer ? Kelly Wearstler
Un vêtement ? Un smoking
Une ville ? Paris